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Marie Ozanne

Femmes affranchies

Istanbul 2009 > 2011

Réalisés entre Istanbul et Paris, ces portraits et témoignages soulignent l’importance majeure des femmes qui participent aux aspirations de modernisation de leur pays. Malgré le poids des traditions et des coutumes de la société turque actuelle, ces femmes brillantes ont pris les rennes de leur existence pour s’assumer pleinement en dehors des rôles traditionnels de mère et d’épouse. Qu’elles soient célibataires, mariées ou divorcées, ayant des enfants ou non, toutes ont atteint des postes clés prouvant leur détermination à s’affirmer sur le marché du travail. Chacune milite à sa façon pour une amélioration de la condition féminine par un message fort d’émancipation qu’elles veulent faire passer à une société conservatrice mais aussi en dehors de ses frontières, la Turquie étant souvent mal connue et vue à travers le prisme des stéréotypes.

Aysegul Sonmez, critique d’art à Istanbul. Elle a commencé à écrire dans les premiers magazines féminins dans les années 1990. «Il est parfois difficile d’échapper aux règles sociales, culturelles et religieuses, même en évoluant dans un environnement libéral.»

Ipek Duben, artiste plasticienne, Istanbul. «Mon art a été mal reçu en Turquie car je ne peins pas des fleurs et des oiseaux. Dans Love Game, je pointe le doigt sur la violence domestique et les crimes d’honneur.»

Oya Bayri, chirurgienne plastique et réparatrice, dans son cabinet de consultation à Istanbul. «Je me suis consacrée toute entière à mon métier qui me passionne car il permet de redonner vie à une partie du corps. La chirurgie est un art.»

Sedef Ecer, auteur dramatique, Paris. « Je dis du français qu'elle est ma "langue d'accueil" comme on dit "terre d'accueil", car on habite une langue de la même manière que l'on habite un pays. J'habite aujourd'hui mes deux langues.»

Serra Yilmaz, comédienne, Istanbul. Très appréciée du public, elle n’hésite pas à faire part de ses opinions. «Dans un pays conservateur comme la Turquie, il faut renverser les règles. Les artistes sont là pour critiquer et non pas pour applaudir. »

Zeynep Tanbay, chorégraphe fondatrice de la première compagnie professionnelle de danse contemporaine de Turquie, dans son studio à Istanbul. « Mon travail est lié aux problèmes du monde contemporain, à la situation politique du pays et aux discriminations. »

Canan Kucukali, juge criminel, dans une salle d’audience du Palais de Justice de Beyoglu, Istanbul. «J’ai débuté ma carrière à Tutak en Anatolie orientale. Les gens m’appelaient "Mister Judge" car il n’y avait pas de femmes qui exerçaient ce métier.»

Gaye Petek, fondatrice de "Elele" signifiant "la main dans la main", association ayant oeuvré pour l’accueil des immigrés turques, Paris. «Toute ma vie, j’ai voulu aider les gens à échapper à l’enfermement identitaire. L’intégration est basée sur l’équilibre et la richesse de la double culture. C’est un chemin qui se fait à deux.»

Bahar Turkoglu, consultante en relations publiques, Paris. « Paris est une ville qui m’a offert beaucoup d’opportunités mais les choses sont parfois figées. L’énergie d’Istanbul me manque mais la ville évolue tellement vite que j’y ai déjà un peu perdu mes repères.»

Leyla Alaton, dirigeante d’Alarko, une des sociétés holding les plus puissantes de Turquie, Istanbul. « Je milite pour l’indépendance financière des femmes. Elles réalisent qu’elles n’ont plus besoin du soutien d’un homme pour survivre. »

Zeynep Gogus, journaliste et fondatrice du Centre pour la Turquie en Europe base à Bruxelles, chez elle à Istanbul. «Je milite pour l’intégration des femmes sur la scène politique. Alors que les autres métiers sont plus démocratiques, la politique reste un domaine réservé aux hommes.»

Nilufer Narli, directrice du département de sociologie de l’Université Bahcesehir à Istanbul, spécialiste des questions liées aux femmes et aux mouvements islamistes. « J’interviens dans des émissions et je parle des droits des femmes chaque fois que je le peux au travers d’articles et de conférences. »

Zelal Yalcin, coordinatrice de la fondation Mor Cati à Istanbul recueillant des femmes battues («non à la domination masculine»). «Nous attendons que l’Etat s’engage contre la violence envers les femmes. Cela relève de la société entière, tout est politique. »

Mahan Dogrusoz, consultante qualité, dans son appartement à Istanbul. « Il est essentiel pour moi d’affirmer ma différence et mon indépendance en tant que femme.»

Nilufer Gole, sociologue, Paris. « La France cherche l'entre-soi tandis que la Turquie redécouvre la pluralité de ses héritages. Mon travail consiste à montrer la différence des perspectives pour que puisse émerger un espace d’entente. »

Eren Arasan, avocate, Cour Internationale de Paris. « A ma sortie de l’Ecole du Barreau de Paris, j’ai fait appel à plusieurs autorités pour pouvoir exercer mon métier en France. J’ai été très soutenue par mes confrères et j’ai eu la joie de pouvoir finalement prêter serment.»

Handan Borutecene, artiste plasticienne, en résidence à la Cité Internationale des Arts, Paris pour préparer une exposition sur la mémoire et l’exil. «Je vais souvent en France pour des expositions mais je regrette qu’on connaisse si peu la Turquie et l’histoire que nous avons en commun. »